Lorsqu’on possède des panneaux solaires, la question de l’installation d’une batterie domestique peut se poser. Mais est-ce vraiment le bon moment pour investir ?
En Wallonie, il peut être préférable d’attendre la fin de la compensation avant de franchir le pas de l’installation d’une batterie domestique.
Dans cet article, nous expliquons pourquoi, en revenant sur le fonctionnement de la compensation, un système qui s’applique aux prosumers ayant une puissance d’onduleur inférieure à 10 kVA et ayant installé leurs panneaux solaires avant 2024.
A quoi sert une batterie ?
Une batterie de stockage connectée à l’installation photovoltaïque permet de stocker l’électricité produite par vos panneaux pour la restituer à votre ménage plus tard dans la journée.
Sans batterie, un prosumer wallon parvient généralement à autoconsommer 25 à 40 % de sa production annuelle. Les 60 à 75 % restants sont réinjectés sur le réseau. Grâce à la compensation, cette injection compense le prélèvement lorsque l’installation produit moins (en hiver ou par temps très nuageux) ou pas du tout (la nuit). Le réseau agit donc comme une immense batterie virtuelle.
Avec une batterie, le taux d’autoconsommation peut atteindre 50 à 70 % selon les profils de consommation, mais l’injection sur le réseau diminue.
Quel est alors l’intérêt économique d’un tel investissement lorsqu’il bénéficie encore de la compensation ?
J’ai le compteur qui tourne à l’envers, que se passera-t-il ?
Si votre compteur tourne à l’envers jusqu’au 1er janvier 2031, une batterie pourrait ne pas changer grand-chose à votre facture. Pour l’illustrer, nous avons simulé les factures annuelles de 4 prosumers wallons.
- Prosumer 1 – installation solaire (4,5kWc) / avec compensation
- Prosumer 2 – installation solaire (4,5kWc) / hors compensation
- Prosumer 3 – installation solaire (4,5kWc) / une batterie (5kWh) / avec compensationProsumer 4 – installation solaire (4,5kWc) / une batterie (5kWh) / hors compensation

Ces simulations n’incluent pas les frais fixes d’abonnement.
Les quatre prosumers types consomment 4 500 kWh/an. L’installation a été dimensionnée de façon à ce que le compteur revienne à zéro sur l’année, soit une production de 4 500 kWh/an (4,5 kWc de panneaux et un onduleur de 4 kVA).
Nous avons retenu les hypothèses suivantes :
- un prix de l’électricité de 0,39 €/kWh pour le prélèvement (énergie, réseau, accises et TVA) – prix moyen en octobre 2026.
- un prix de vente de l’injection au fournisseur de 3c€/kWh (prosumer 2 et 4)
- un tarif prosumer forfaitaire de 85 €/kVA/an et proportionnel de 0,14 €/kWh appliqué par le gestionnaire de réseau (prosumers 1 et 3)
- un tarif de déséquilibre lié à la compensation de 35 €/kVA/an appliqué par le fournisseur (prosumer 1 et 3)
La compensation reste le grand gagnant
Le premier constat est que les factures annuelles des prosumers 1 et 3 sont très similaires et bien inférieures à celle du prosumer 2 hors compensation.
Pour le prosumer 1, la facture se compose essentiellement :
- Du tarif prosumer, calculé à partir du compteur numérique en retenant le coût le plus avantageux entre le tarif capacitaire et le tarif réseau proportionnel. Dans cet exemple, le tarif capacitaire est le plus intéressant (340 €/an).
- Des frais de déséquilibre appliqués par le fournisseur aux prosumers bénéficiant de la compensation. Tous les fournisseurs n’appliquent pas cette surcharge, qui reste inchangée avec l’ajout d’une batterie.
Comme le compteur revient à zéro sur l’année, aucun coût supplémentaire lié au prélèvement n’est facturé.
Selon nos estimations, la compensation permet ainsi au prosumer 1 de payer 480 €/an au lieu de 1 048 € hors compensation, soit une économie appréciable.
Mettre une batterie ne change rien à la compensation
Si l’on examine la facture annuelle du prosumer 3, toujours sous compensation mais équipé d’une batterie, le constat est le suivant.
- Son tarif prosumer diminue légèrement, car le tarif proportionnel devient plus avantageux que le tarif capacitaire. Le gain est estimé à 120 €/an. À noter qu’avec son ancien compteur à disque, il ne bénéficierait pas de cet avantage.
- Le stockage et le déstockage de la batterie engendrent des pertes d’environ 20 % de l’électricité stockée, soit 274 kWh dans notre exemple, dissipés sous forme de chaleur. Cette perte affecte la compensation, car cette énergie ne peut plus compenser les prélèvements du prosumer, ce qui représente une perte (sauf si la production annuelle dépasse nettement la consommation).
Au final, la facture annuelle du prosumer 3 s’élèvera à 472 €, soit 8 € de moins que sans batterie.

« Mais sans une batterie, mon onduleur décroche »
Le phénomène de décrochage est principalement observé en Wallonie dans les zones résidentielles à faible densité de consommation. ORES en recense l’ampleur au moyen d’une carte interactive alimentée par les données des compteurs numériques signalant les décrochages.
À ce jour, peu d’études quantifient précisément les pertes de production subies par les prosumers concernés. L’ajout d’une batterie limitera généralement peu ce phénomène, pour plusieurs raisons :
- Selon la taille de l’installation, la batterie sera souvent complètement chargée après quelques heures (1 à 2 heures dans notre cas) et ne pourra plus limiter les pics d’injection.
- Si le déséquilibre du réseau est important, elle ne suffira pas toujours à atténuer la surtension locale.
- Si vous surdimensionnez votre batterie pour stocker davantage de production en été, il sera difficile de la décharger entièrement durant la nuit, ce qui limite sa disponibilité le lendemain.
Des mesures plus structurelles, comme le renforcement du réseau ou la limitation coordonnée de la puissance d’injection des onduleurs, bénéficieraient à davantage de prosumers pour un coût économique limité.
Faut-il que j’anticipe la fin de la compensation ?
Ajouter une batterie alors que vous bénéficiez encore de la compensation modifiera peu votre facture, malgré le coût important de cet investissement. Ce constat reste valable même si votre compteur passe en négatif. En octobre 2026, le coût d’une batterie résidentielle ajoutée à une installation existante se situait entre 350 et 600 €/kWh de capacité installée, les prix les plus élevés étant les plus réalistes. Dans notre exemple, une batterie de 5 kWh représenterait donc un investissement d’environ 2 500 €.
À cela s’ajoute souvent le remplacement de l’onduleur existant par un modèle hybride, pour un coût supplémentaire estimé à environ 1 300 €.
Nos recommandations
Il paraît donc plus prudent d’attendre la fin du mécanisme de compensation, prévue le 1er janvier 2031. Cela permet de profiter de la baisse continue du prix des batteries et d’envisager d’autres solutions pour augmenter l’autoconsommation : production d’eau chaude sanitaire électrique, recharge de véhicules électriques, pilotage intelligent des consommations, etc.
Enfin, une batterie individuelle n’est pas sans impact sur l’environnement. Son installation mérite donc une réflexion approfondie, notamment dans une logique collective d’utilisation de l’énergie.