Vagues de chaleur : quel impact sur les infrastructures électriques ?

Les vagues de chaleur ont un impact sur les infrastructures électriques.

Provoquant une hausse de la demande en électricité tout en fragilisant les capacités de production, les vagues de chaleur mettent aussi les infrastructures électriques à rude épreuve.

En juin et juillet 2026, des vagues de chaleur exceptionnelles ont déferlé sur l’Europe, avec plus de 40°C dans plusieurs régions et une sécheresse persistante. Ce « dôme de chaleur » a mis le système électrique sous tension, côté consommation comme production. Alors, que se passe-t-il concrètement sur le réseau lorsque le thermomètre s’emballe ?

Après avoir analysé l’impact sur la consommation et la production, cette deuxième partie se concentre sur le stockage et les infrastructures électriques.

Le stockage, chaînon indispensable… mais lui aussi sensible à la chaleur

Si le solaire est le grand gagnant des vagues de chaleur côté production, mais il présente un défaut bien connu : il ne produit rien la nuit, alors que la demande de rafraîchissement reste forte. C’est là que le stockage, notamment par batteries, entre en jeu.

Le secteur a connu une croissance spectaculaire : plus de 108 GW de capacité de stockage par batteries ont été installés dans le monde rien 2025, selon l’AIE. Elles permettent de stocker le surplus de production solaire en journée pour le restituer lors des pics de demande en soirée et pendant la nuit, lorsque les températures restent trop élevées et que la climatisation continue de fonctionner.

Le stockage par batterie n’est pas non plus à l’abri de la chaleur. Ses performances se dégradent au-delà d’un certain seuil, une chaleur prolongée peut accélérer le vieillissement des batteries lithium-ion, qui dominent le secteur. Une étude britannique souligne qu’à très haute température, les systèmes de refroidissement pourraient être dépassés, avec un risque d’emballement thermique. Dans la pratique, ils sont généralement conçus pour supporter jusqu’à 45°C. En Australie, une vague de chaleur début 2026 a toutefois réduit temporairement la disponibilité de certaines installations, en raison des besoins accrus de refroidissement.

Le stockage par pompage-turbinage (hydraulique) fait face à un défi différent : comme les centrales hydroélectriques classiques, il dépend de la disponibilité de l’eau, et souffre donc de la sécheresse plus que de la chaleur elle-même. Mais les centrales électriques de pompage-turbinage fonctionnent en circuit d’eau entre les deux bassins, supérieur et inférieur. Hormis l’évaporation, le niveau d’eau reste stable. Le stockage par pompage-turbinage est donc modérément impacté par les vagues de chaleur.

Malgré ces limites, les experts sont unanimes : le stockage, associé à la flexibilité de la demande et à une meilleure interconnexion entre pays, constitue l’une des réponses les plus concrètes face à des vagues de chaleur possiblement plus fréquentes et plus intenses. Des mécanismes d’urgence ont été activés cet été : en Roumanie et en Hongrie, les autorités ont demandé aux ménages et aux entreprises de limiter leur consommation en réaction aux arrêts de réacteurs nucléaires.

Le réseau de transport, le maillon souvent oublié

La production et le stockage ne sont qu’une partie de l’équation : encore faut-il que l’électricité puisse circuler. Or le réseau de transport à haute tension est aussi vulnérable à la chaleur, parfois davantage que la production elle-même.

Les lignes aériennes perdent en effet de leur capacité de transport quand la température augmente : jusqu’à – 16% pour une hausse de 10°C, selon un rapport réalisé pour le gouvernement britannique. En cause : la chaleur dilate et fait s’affaisser les conducteurs, ce qui impose de réduire le courant pour respecter les limites de sécurité. Les équipements des postes électriques, notamment les transformateurs, peuvent eux aussi surchauffer.

Les conséquences ne sont pas que théoriques. En 2003, une vague de chaleur avait provoqué une importante panne de réseau dans le nord-est des États-Unis. Plus récemment, en juin 2026, un transformateur en surchauffe a privé d’électricité 70.000 foyers en Bretagne, en plein pic de chaleur. L’Europe a toutefois évité une perturbation majeure de son approvisionnement électrique cet été, notamment grâce à l’apport du solaire en journée et à une gestion prudente des marges de sécurité.

Ce constat pousse les experts et gestionnaires de réseau à plaider pour un renforcement de la flexibilité globale du système : davantage de stockage, une meilleure réponse à la demande et une interconnexion accrue entre pays et régions, pour pouvoir importer de l’électricité depuis des zones moins touchées par la canicule.

Impact sur les prix

Selon Ember, le vrai défi des réseaux électriques pendant les canicules se situe désormais moins en journée, où le solaire couvre l’essentiel de la demande, qu’après le coucher du soleil. C’est alors que les prix s’envolent : le 24 juin 2026, ils ont dépassé 1.000 €/MWh en Belgique, contre 313 €/MWh en France et 285 €/MWh en Italie, un record italien depuis l’hiver 2022-2023. Le 30 juin, ils ont atteint 600 €/MWh en Belgique et 900 €/MWh en Hongrie.

Ces pics s’expliquent par une forte demande, des capacités de production réduites par la chaleur et un recours accru au gaz en début de soirée. La simultanéité de la vague de chaleur en Europe a aussi limité les échanges entre pays. Si les interconnexions permettent de mutualiser les capacités, elles montrent leurs limites lorsque plusieurs pays voisins sont touchés en même temps. Les renforcer permettrait toutefois d’acheminer davantage d’électricité sur de plus longues distances.

Conclusion

L’été 2026 aura servi de test grandeur nature pour le système électrique européen et belge. La bonne nouvelle : contrairement à une idée répandue, ce n’est pas le solaire qui a posé le plus de problèmes durant les vagues de chaleur, mais bien les moyens de production thermiques (nucléaire, gaz, charbon) et hydrauliques, contraints par le manque d’eau de refroidissement et la sécheresse. L’éolien a aussi très peu produit étant donné l’absence de vent caractéristique des anticyclones stationnaires qui sont à l’origine des vagues de chaleur. Le solaire photovoltaïque a même joué un rôle stabilisateur de premier plan, en phase avec la pointe de demande en journée liée à la climatisation.

Le vrai point de tension se situe en soirée, quand le soleil décline mais que la chaleur et la demande persistent, et cela sur un réseau de transport fragilisé par les températures élevées. Stockage par batterie, flexibilité de la demande et renforcement des interconnexions apparaissent comme des leviers prometteurs pour que le système électrique européen continue à tenir la distance à mesure que les vagues de chaleur se multiplient.