Avec le développement des grands parcs solaires, la question de l’éblouissement des panneaux photovoltaïques devient un enjeu de sécurité dans certaines zones sensibles.
En Belgique, 900 MWc de puissance supplémentaire ont été raccordés l’an dernier sur le réseau, dont une majeure partie d’installations résidentielles (39% de la puissance).
À l’échelle européenne, il s’agit plutôt de catégories de puissance commerciales (10–250 kW), industrielles (250–1 000 kW) et de projets de grande envergure surtout (> 1 000 kW).
Les grands parcs photovoltaïques sont généralement implantés dans des zones à forte densité de consommation électrique, comme des parcs d’activités économiques. Totalisant plusieurs centaines de mètres carrés de surfaces vitrées, ils peuvent provoquer un phénomène d’éblouissement. Ce dernier peut impacter la sécurité de certains secteurs comme celui du transport. Explications.
Aéroports : les panneaux photovoltaïques peuvent-ils éblouir les pilotes ?
Les aéroports constituent des emplacements particulièrement adaptés à l’implantation de projets photovoltaïques de grande envergure. Ils ont un impact paysager limité, disposent de surfaces dégagées, et bénéficient d’un accès direct au réseau de distribution. Ils accueillent en outre de nombreux entrepôts offrant des surfaces importantes et un potentiel d’autoconsommation idéal.

Toutefois, les zones aéroportuaires européennes sont soumises aux exigences de sécurité aérienne définies par l’EASA (European Union Aviation Safety Agency). Parmi elles, figure l’obligation de garantir que les infrastructures situées à proximité des aéroports ne génèrent aucun éblouissement susceptible de perturber la perception visuelle des pilotes lors des phases de décollage, d’approche ou d’atterrissage.
Pour s’en assurer, l’autorité aéroportuaire a fixé un seuil de 20 000 candela/m² (unité mesurant la quantité de lumière qu’une surface émet ou renvoie vers nos yeux). Mais les panneaux photovoltaïques standards, lorsqu’ils ne sont pas traités pour limiter la réflexion, peuvent dans certaines conditions dépasser ce seuil.
Ça été notamment le cas en 2025 pour la société Energy Solutions Group, contrainte de démonter l’intégralité de son parc solaire, soit 228 000 panneaux, installé à proximité de l’aéroport de Schiphol, aux Pays-Bas. La compagnie aérienne KLM et l’autorité aéroportuaire avaient déposé plainte car les pilotes étaient fortement éblouis lors des phases d’atterrissage entre 10 h et 12 h en raison de la réflexion générée par l’installation, située dans une zone critique. L’entreprise aéroportuaire, ainsi que le gouvernement supporteraient une partie du coût des travaux pour atténuer la réflexion (+/- 30 millions d’euros). Les panneaux démontés ont ainsi été équipés d’un revêtement « anti-reflet ».
Pourquoi les panneaux solaires éblouissent-ils ?
Les panneaux solaires absorbent une grande partie de la lumière (+/-90%) lorsque celle-ci arrive perpendiculairement à la surface du panneaux (angle d’incidence θi =0°). Pour un panneau orienté Sud à 35° en Belgique, ce moment arrive 2 fois par an, en avril-mai à midi. Cependant dès que l’angle d’incidence dévie de la normale du panneau (droite perpendiculaire à la surface du panneau), une partie de la lumière est réfléchie sur la surface du panneau et repart dans une autre direction suivant un angle de réflexion θr. La lumière réfléchie n’est donc pas captée par les cellules et considérée comme perdue. Au plus le soleil sera bas dans le ciel, au plus l’angle θi sera important et au plus la lumière aura tendance à être réfléchie.

La réflectance d’un panneau est donc la lumière qu’il renvoie plutôt qu’il absorbe, provoquant une perte de rendement et un éblouissement.
Anti-reflet et anti-éblouissement : quelle est la différence ?
Pour maximiser la production et diminuer cette réflectance, les fabricants ont travaillé sur la conception de panneaux disposant d’un revêtement « anti-reflet (AR) ». Ce dernier est appliqué sur les cellules et sur la surface vitrée des panneaux, et 90% de ceux commercialisés aujourd’hui en sont équipés. Cependant, il n’atténue pas suffisamment l’éblouissement. La lumière continue d’être réfléchie dans une seule direction, ce qui intensifie la luminance qui arrive à l’observateur.
C’est quoi les panneaux anti-éblouissement (AG) ?
Un panneau anti-éblouissement « anti-glare AG » est conçu pour que la lumière réfléchie soit diffusée dans plusieurs directions pour amoindrir l’éblouissement.
Consciente de l’enjeux de ce phénomène, Belga Solar, fabricant belge de panneaux solaires, a développé un nouveau modèle de panneau appelé « Sky Safe » qui limite l’éblouissement à 3100 cd/m².

Pour obtenir ce résultat, l’entreprise a travaillé sur la vitre protectrice supérieure, principale cause de l’éblouissement. Contrairement aux panneaux classiques (AR) dont la surface extérieure du verre est lisse, celle utilisée par Belga Solar est structurée et rugueuse.
Pour modifier la rugosité du verre, l’entreprise a travaillé avec un verrier italien qui conçoit un verre texturé pour les modèles certifiés anti-éblouissement.
D’une épaisseur de 3mm, il est également très résistant aux phénomènes de grêles, de plus en plus fréquents avec le changement climatique. Classé RG4, un panneau peu ainsi résister à un grêlon de 40mm lancé à plus de 99 km/h.
Un parc photovoltaïque à l’aéroport de Zaventem en est aujourd’hui équipé.
La modification de la structure du verre n’est pas sans incidence pour la performance, la productivité du panneau serait ainsi légèrement réduite (2-3% en fonction de l’orientation et inclinaison du panneau).


Où utilise-t-on des panneaux photovoltaïques anti-éblouissement ?
Les panneaux anti‑éblouissement (AG) sont également utilisés dans d’autres contextes où le transport de marchandises ou de personnes est soumis à des exigences de sécurité similaires à celles du secteur de l’aviation, notamment en bord d’autoroutes, de voies navigables ou de lignes ferroviaires, à proximité de zones militaires.
En Belgique, des dizaines d’accidents surviennent chaque année sur nos routes en raison de l’éblouissement causé aux automobilistes, en particulier durant les mois de février et septembre à cause de la faible hauteur du soleil durant les heures de trajets domicile‑travail. L’anti-éblouissement pourrait donc devenir une exigence non exclusive aux aéroports, pour garantir la sécurité routière.
Atténuer l’éblouissement est aussi possible en mettant en place de murs anti‑éblouissement ou des haies naturelles. Toutefois, lorsque le risque ne peut pas être entièrement écarté, les développeurs peuvent plutôt opter pour l’installation de panneaux anti‑éblouissement.
Les panneaux photovoltaïques peuvent-ils éblouir les voisins ?
Au niveau résidentiel (<10 kVA), les nuisances visuelles d’une installation photovoltaïque sont moins courantes étant donné que le point de vue de l’observateur se trouve bien souvent en dessous du toit. Chaque commune reste compétente dans l’octroi des permis, mais rappelons que les systèmes photovoltaïques sur des toits en sont généralement exemptés en Wallonie. En Allemagne, dans des situations de conflit de voisinage, les tribunaux se basent ainsi sur deux seuils mesurables :
Vérifier que l’exposition à l’éblouissement ne dépasse pas 30 min par jour et 30 heures par an.
Quel est le coût d’un panneau photovoltaïque anti-éblouissement ?
D’un point de vue financier, un projet intégrant des panneaux anti‑éblouissement présente un coût supérieur à celui d’un projet classique pour plusieurs raisons :
- Volume de production réduit
- Traitement spécifique du verre
- Étude anti‑éblouissement, souvent requise pour les projets de grande taille soumis à des normes de sécurité strictes.
Il convient de rappeler que le coût des panneaux représente environ 30 à 40% du coût total du projet (pour des installations de taille commerciale et industrielles).