Power Purchase Agreement : maîtriser les coûts énergétiques

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Face à la volatilité des prix de l’énergie et aux impératifs de décarbonation, les entreprises se tournent de plus en plus vers des contrats d’achat d’électricité verte sous la forme de PPA.

Le « Power Purchase Agreement » est un type de contrat qui permet aux entreprises de sécuriser une partie de leurs dépenses en électricité, tout en soutenant des projets renouvelables. Leurs signatures avaient ralenti en Europe en 2022 et 2023, cela dû à des prix très élevés échangés sur les marchés, mais on constate actuellement un regain d’intérêt.

Qu’est-ce qu’un PPA ?

Un PPA est un contrat privé et bilatéral dans lequel une entreprise achète de l’électricité directement à un producteur sur une base de marché. Ce type de contrat reprend une série de détails comme :

  • La quantité d’énergie à fournir par le producteur à l’entreprise consommatrice (un % de la production en MWh, une puissance fixe en MW)
  • La ou les périodes concernées par les transactions
  • Le(s) prix de l’électricité (prix fixe, prix cliqué ou prix variable)
  • Les conditions liées au marché de l’équilibrage
  • La facturation
  • Le traitement des garanties d’origine (GO)
  • Les pénalités encourues

Quelles différences avec un contrat classique ?

Dans un contrat classique une entreprise consommatrice d’électricité ne va pas directement s’alimenter sur le marché de gros, plutôt réservé aux acteurs professionnels de l’énergie. Elle signe généralement un contrat avec un fournisseur d’électricité qui lui garantit un prix et une livraison d’électricité sur une période donnée. Le fournisseur, lui, achète l’électricité sur les marchés de gros pour répondre à la demande de son client, ici l’entreprise. Le prix final payé par celle-ci est donc bien souvent lié à ces marchés qui sont parfois très volatiles, exposant ladite entreprise à n’importe quelle période de crise.

Le producteur d’électricité verte qui l’injecte sur le réseau va, quant à lui, soit revendre directement sur le marché de gros, soit vendre à un agrégateur/fournisseur qui possède un accès aux différents marchés de l’électricité. Pour celui-ci le prix de vente de son électricité est aussi corrélé aux fluctuations de prix sur les marchés, parfois avec des périodes où les prix sont bien en dessous de ses coûts de production.

Les contrats PPA apportent de la stabilité dans les prix

Un PPA est un contrat bilatéral conclu directement entre un producteur ou un vendeu d’électricité (fournisseur), et une entreprise consommatrice ou un acheteur (fournisseur). Les avantages de ce type de contrat sont :

  • Prix négocié et stabilité : le tarif est fixé d’un commun accord entre les deux parties, ce qui permet de sécuriser un prix sur le long terme et de réduire l’exposition aux fluctuations du marché de gros. Ainsi le producteur et l’acheteur peuvent s’entendre sur un prix qui reflète les coûts de production du producteur, tout en restant attractif pour l’entreprise consommatrice.
  • Durée adaptée aux projets : les PPA peuvent s’étendre bien au-delà de 3 ans, certains atteignant les 20 ans, permettant de les aligner sur la durée de vie d’une installation de production d’électricité renouvelable (par exemple une éolienne ou une centrale solaire). Grâce à cela, un investisseur sécurise sur du long terme ses revenus.
  • Facilitation du financement : ils offrent une visibilité et une garantie de revenus suffisantes pour rassurer les organismes de financement et faciliter l’investissement dans de nouveaux projets qui ne sont pas entièrement financés sur fonds propres. Ils peuvent être complémentaires aux mécanismes de soutien régionaux ou nationaux, les systèmes de soutient utilisant bien souvent un prix moyen de référence reflétant le marché. Ainsi le producteur peut proposer un prix qui suit celui de référence calculé par le pouvoir public.
  • Traçabilité et durabilité : les PPA incluent généralement des garanties d’origine, ce qui permet aux entreprises de prouver que leur consommation est issue de sources renouvelables. Cela répond aux exigences réglementaires liées aux émissions de CO₂ et aux objectifs RSE.
  • Avantage compétitif et image de marque : en sécurisant une part d’électricité verte, les entreprises améliorent leur réputation auprès des clients, partenaires et investisseurs, tout en anticipant les futures contraintes réglementaires.

En pratique ça donne quoi ?

Il existe plusieurs formes de Power Purchase Agreement, nous en reprenons ici quelques exemples conclus par des producteurs d’électricité verte en Belgique.

On distingue tout d’abord les « Corporate » et les « Merchant ». Pour le premier, il s’agit d’un contrat liant un producteur d’électricité verte et une entreprise consommatrice. Le producteur revend, par exemple, un pourcentage de sa production à une entreprise consommatrice, les deux parties se mettent d’accord sur le prix, la période du contrat, ainsi que les mécanismes de compensation.

Dans la version « Merchant », le producteur signe le contrat avec un intermédiaire, bien souvent un fournisseur. Dans ce cas, les PPA ont tendance à avoir un prix indexé sur les marchés de gros, et avec des périodes plus courtes car les fournisseurs sont moins intéressés à prendre le risque d’un prix fix. Le fournisseur peut ensuite lui-même réutiliser cette électricité qu’il a acheté pour son propre portefeuille de clients (résidentiel, pme, industries…) ou établir un nouveau PPA avec une entreprise consommatrice (Corportate PPA), ou encore revendre une partie de cette électricité sur les marchés spot ou à termes.

Vous l’aurez compris, le Merchant PPA est plus souvent lié aux marchés, et apporte moins de stabilité tarifaire pour le producteur.

Source : Étude CREG du 11 avril 2024

On trouve aussi la version Corporate PPA « on-site » signifiant que l’installation de production alimente directement l’entreprise consommatrice sans utiliser le réseau public (exemple une centrale photovoltaïque installée sur le toit d’une entreprise consommatrice par un producteur). Elle permet de réduire les frais de réseau pour le consommateur et d’obtenir un prix plus intéressant pour les deux partis. Ce type de PPA est fixé sur la période d’éligibilité de l’installation à un système de soutien, ou alors sur la durée de vie totale de l’installation.

On utilise le terme « off-site » lorsque l’électricité passe par le réseau public, entrainant des frais de réseau à charge du consommateur.

Les installations renouvelables vont-elles utiliser des PPA à l’avenir ?

Fin 2024 en Belgique on estimait à 1 GW de puissance contractée sous PPA, la majorité issue de projets éoliens, et une petite part  de 50 MW pour le photovoltaïque. A cette même période, la Belgique disposait de 5,6 GW d’éolien et 12 GWc de solaire, les PPA ne représentent donc qu’une petite partie de la puissance installée actuelle.

En Espagne, 13 GW de projet ont été contractés sous forme de PPA, dont une grande part de solaire (8,5 GW), la présence de grands parcs photovoltaïques en est l’origine, sans oublier sa plus grande compétitivité. La puissance contractée en Espagne est quasiment le double des deux autres leaders européens, à savoir la Suède et l’Allemagne qui eux contractent majoritairement pour de l’éolien.

Fin 2024, on comptait 50 GW d’installations renouvelables couvertes par des PPA, ce chiffre peut encore sembler peu au regard des 361GW de solaire installé en Europe, ou encore des 284 GW d’éolien.

Toujours en Europe, du côté des consommateurs, se sont majoritairement le secteur de l’informatique et l’industrie lourde pour qui les PPA ont le vent en poupe. 8GW pour Amazon ; 3,5 GW pour Google ; 2,2 GW pour Microsoft, derrière lesquels on y retrouve majoritairement les data center data center. C’est également ces mêmes secteurs avec l’industrie de la Chimie qui contractent en PPA en Belgique.

Selon une étude réalisée par la CREG en 2024, le développement des PPA renouvelables est favorisé dans les pays ayant atteint la parité réseau. Cette parité correspond au moment où le coût de production des installations renouvelables devient équivalent, voire inférieur, à celui des moyens de production conventionnels. Sans un prix de l’électricité compétitif proposé par les développeurs, les entreprises hésitent à s’engager sur le long terme, craignant de perdre en compétitivité par rapport à d’autres acteurs européens ou mondiaux si les prix de l’énergie sur les marchés venaient à baisser.

La CREG souligne également que l’atteinte de cette parité varie selon les pays européens. Certains, comme l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne, ont connu des prix de gros plus élevés, ce qui leur a permis d’atteindre la parité réseau plus rapidement.

Ainsi, les Power Purchase Agreement se développent plus facilement lorsque les conditions géographiques permettent un faible coût de production et une production optimale (par exemple, le solaire en Espagne ou l’éolien offshore en Grande-Bretagne), et lorsque la zone de marché est exposée à des prix élevés, souvent liés à la part d’énergie fossile nécessaire pour compléter le mix électrique.

Et le partage d’énergie, est-ce une forme de Power Purchase Agreement ?

Les PPA ne sont pas envisagés à l’échelle de petites entreprises, autorités locales ou de citoyens car les contraintes juridiques et l’expertise nécessaire à la conclusion d’un tel accord sont trop importantes.

Cependant le partage d’énergie permet d’offrir les mêmes avantages que les PPA, mais à une plus petite échelle, car il permet à des producteurs et des consommateurs raccordés sur le même réseau de distribution, de se partager l’électricité produite localement, et de se fixer un prix et une règle de partage (méthode de répartition) et ainsi diminuer son exposition aux marchés de l’électricité.