Une monnaie pour motiver les citoyens à se déplacer à vélo plutôt qu’en voiture

Au Grand-Duché du Luxembourg, les citoyens qui pédalent accumulent une monnaie virtuelle qui leur permettent d’acheter différentes récompenses ...bien réelles. Une manière ludique d’encourager la mobilité douce.

Un projet pilote, en test au Grand-Duché du Luxembourg, expérimente une manière très ludique de récompenser les citoyens qui se déplacent à vélo plutôt qu’en voiture, évitant ainsi l’émission de gaz carbonique. 

L’idée se base sur une monnaie virtuelle, baptisée “survcoin” (pour “survival coin”) et développée grâce à la technologie des blockchains. Celle-ci comptabilise les efforts avérés de réduction d’empreinte carbone. On parle ici de monnaie décarbonante. 

Grâce à un partenariat avec la société de vélos partagés Vël’OK (photo ci-dessous), l’utilisateur qui se met en selle peut se déplacer dans 9 communes du sud du Luxembourg et accumuler ainsi des survcoins.

Chaque kilomètre parcouru entre deux bornes rapporte un survcoin à l’utilisateur qui a installé l’application. Par convention, chaque survcoin équivaut ainsi à la quantité moyenne de CO2 qui aurait été émise si le même trajet avait été effectué en voiture, soit en moyenne 140 grammes. 

Pour dépenser les survcoins gagnés, les utilisateurs-cyclistes ont la possibilité d’acheter un sweat à capuche en coton bio (photo ci-dessous) auprès d’un marchand de vélo (il coûte 100 survcoins, soit 100 km) et pourront bientôt payer des consommations préparées sur place dans un bar offrant des produits d’origine locale dans la principale rue commerçante d’Esch-sur-Alzette. 

Dans une autre ville du sud du Luxembourg, Differdange, les initiateurs du projet ont conclu avec l’administration communale une convention pour déployer en 2022 un programme destiné à encourager les employés communaux (ils sont quelque 800) à privilégier la mobilité douce pour leurs déplacements domicile-travail.  

Le survcoin intervient comme unité d’échange, l’objectif étant de convaincre des commerces locaux de jouer le jeu et d’accepter d’échanger certains produits ou services contre des survcoins à titre d’encouragement aux réductions d’empreinte carbone. 

La Commune espère ensuite graduellement étendre l’utilisation du survcoin aux résidents pour soutenir ses efforts en matière d’action climatique. 

“La mobilité est le domaine où la preuve d’un comportement décarbonant est la plus facile à apporter”, explique Jean Lasar, initiateur du projet. “C’est pourquoi nous avons développé le survcoin autour des déplacements à vélo”. 

“L’argent conventionnel contribue à nous maintenir prisonniers de notre dépendance aux énergies fossiles. Une monnaie d’action climatique a dès lors pour mission de nous aider à redéfinir ce qu’est réellement aujourd’hui la création de valeur. Il s’agit d’utiliser les ressorts comportementaux liés à la monnaie – c’est-à-dire notre forte réactivité aux stimuli monétaires – pour nous aider, à l’aide de récompenses et de scénarios ludiques, à orienter nos choix vers des alternatives bas ou zéro carbone”, conclut-il. 

Au plan technique, le survcoin repose sur une architecture qui n’occasionne qu’une consommation minimale d’énergie, comparable à celle d’un paiement effectué par carte de crédit. 

Après avoir fonctionné en tant qu’ASBL, le projet se prépare à passer en SA SIS – Société anonyme, société d’impact sociétal -, grâce à un agrément obtenu du ministère du travail. La Commission de surveillance du secteur financier, qui dépend du ministère des finances, a donné un agrément pour le déploiement du survcoin au Luxembourg. 

Au fur et à mesure de son développement, cette monnaie positive pourrait commencer à intéresser les citoyens belges dans les régions limitrophes du Luxembourg, notamment dans le contexte de la mobilité des frontaliers, estime Jean Lasar, qui se dit ouvert à tout acteur belge intéressé à développer cette initiative localement. 

Une monnaie décarbonante existe déjà à Lahti en Finlande, centrée là aussi sur la mobilité.