Non, le gaz n’est pas nécessaire pour le chauffage des bâtiments

L’association Energy Cities publie un document très utile “Pour en finir avec les mythes sur l’utilisation du gaz et des énergies renouvelables pour le chauffage”. De quoi éclairer les décideurs sur les choix à opérer.

Environ 45 % des ménages européens se chauffent au gaz naturel. C’est l’énergie la plus utilisée, mais elle est perçue comme moins nocive pour l’environnement qu’elle ne l’est en réalité – par exemple en comparaison avec le charbon ou le mazout. 

Quant aux solutions de chauffage renouvelables, elles restent rares alors qu’elles représentent une réelle opportunité de décarboner les systèmes de chauffage. Trop peu connues, elles font aussi l’objet d’un grand nombre d’idées reçues. 

L’association Energy Cities propose donc de dissiper les mythes autour de l’utilisation du gaz et des énergies renouvelables pour le chauffage afin d’ouvrir la voie à des bâtiments sans énergies fossiles ! 

Renouvelle vous propose ici quelques uns des mythes les plus fréquents. Pour en savoir plus, nous vous invitons à lire le document complet de Energy Cities. 

Lire également notre article Quelle technologie renouvelable pour chauffer mon logement ? 

MYTHE : Le gaz naturel est un combustible “relais” nécessaire pour aller vers un système de chauffage plus propre 

Le gaz naturel est souvent présenté comme un relais nécessaire, par exemple pour remplacer le charbon, plus polluant, avant de passer aux énergies renouvelables. Cette transition par le gaz permettrait d’améliorer la santé des consommateurs et la qualité de l’air.  

Mais cela ne fait que retarder la transition énergétique par effet de verrouillage. En effet, les investissements dans les infrastructures gazières coûtent cher et les centrales au gaz ont généralement « une durée de vie économique de 20 à 30 ans, ce qui signifie que tout ce qui se construit aujourd’hui sera encore en service après 2040, date à laquelle les systèmes électriques mondiaux devraient être entièrement décarbonés ». 

Par ailleurs, il est désormais possible de chauffer les bâtiments sans recourir au gaz, grâce à des technologies efficaces utilisant des énergies renouvelables, même s’il existe des limites financières et d’échelle à une conversion massive des installations de chauffage des combustibles fossiles aux énergies renouvelables. 

Ce problème n’est cependant pas insurmontable. La Pologne, connue pour son utilisation massive de charbon pour le chauffage, est sur la bonne voie : l’interdiction des chaudières à charbon et la création d’un cadre favorable ont conduit à une augmentation exponentielle de l’installation de pompes à chaleur.  

Enfin, le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Energie insiste sur la nécessité de réduire drastiquement l’utilisation du gaz naturel, d’arrêter l’exploration gazière et de supprimer progressivement les chaudières à combustible fossile d’ici 2025. Ce rapport de l’AIE marque un tournant car le gaz n’y est plus présenté comme un combustible de transition dans son scénario zéro émissions nettes. 

MYTHE : L’hydrogène peut facilement remplacer le gaz naturel pour le chauffage domestique 

L’hydrogène vert – de source renouvelable – nécessite plus d’électricité pour chauffer une maison qu’une pompe à chaleur.  

En effet, le transport, le stockage, les multiples étapes de transformation et la combustion de l’hydrogène entraînent de multiples pertes.

Des études scientifiques montrent que l’hydrogène n’est pas compétitif pour le chauffage, face à des pompes à chaleur aérothermiques dont le coût est d’au moins 50 % inférieur par rapport à celui des technologies utilisant uniquement l’hydrogène.

L’argument d’une solution « à l’identique », et donc non-impactante pour les propriétaires qui passeraient du gaz naturel à l’hydrogène, reste vague car le changement de gaz pourrait entraîner une augmentation des factures d’énergie et nécessiter de changer toute l’installation au domicile des particuliers (chaudière, canalisations intérieures, cuisinière) et sur le réseau (canalisations, compresseurs). Et il reste encore beaucoup d’incertitudes sur le coût de ces infrastructures et sur la question de savoir qui devra assumer la responsabilité et supporter le coût de ces transformations. 

L’hydrogène vert n’est donc pas une solution le chauffage des bâtiments et s’avère par contre essentiel pour stocker l’électricité renouvelable et décarboner l’industrie (lire notre article Hydrogène vert : choisir des usages prioritaires). 

MYTHE : Le chauffage issu de sources renouvelables offre moins de confort aux ménages, surtout en hiver 

Il s’agit d’une critique récurrente à l’encontre des systèmes de chauffage fonctionnant aux énergies renouvelables : ils ne seraient pas capables de fournir les températures attendues, notamment en hiver. Or ces systèmes – pompes à chaleur, géothermie, biomasse, électricité verte, … – peuvent fournir des températures élevées et donc atteindre la température requise par les systèmes de chauffage basse température (généralement autour de 55°C – 65°C).  

Et les bâtiments seront d’autant mieux chauffés qu’ils sont bien isolés, ce qui est de toute façon une condition indispensable pour réduire la demande en chaleur.  

Par ailleurs, les pics de froid en hiver ne sont pas un problème, car les pompes à chaleur aérothermiques peuvent fonctionner jusqu’à -15°C, les pompes géothermiques fonctionnent toute l’année et les réseaux de chauffage urbain peuvent fournir de la chaleur pendant tout l’hiver en associant différentes sources d’énergie, dont certaines ne dépendent pas de la température extérieure (chaleur fatale, géothermie, pompe à chaleur industrielle), et en ayant recours au stockage saisonnier pour faire face aux pics de froid en hiver.  

En outre, certaines pompes à chaleur peuvent être réversibles et climatiser les habitations en été. Il s’agit là d’un autre avantage de poids pour le confort des consommateurs, la demande en climatisation étant en hausse. 

MYTHE : Les systèmes de chauffage renouvelable sont trop coûteux à exploiter par rapport à ceux fonctionnant avec des combustibles fossiles 

Aujourd’hui, le gaz naturel est une source d’énergie peu coûteuse uniquement parce qu’il bénéficie de subventions et d’un système fiscal avantageux. Ces conditions de concurrence déloyale nuisent grandement au développement des énergies renouvelables.  

Le coût d’exploitation des systèmes de chauffage décarbonés dépend largement de facteurs locaux et de la source de chaleur utilisée.  

Pour les pompes à chaleur, le prix de l’électricité est le facteur clé. Les prix de l’électricité renouvelable ont considérablement baissé ces dernières années (le coût moyen actualisé du photovoltaïque a baissé de 13 % en glissement annuel en 2019, et celui de l’éolien terrestre et offshore de 9 % dans le monde), mais ils souffrent encore des taxes élevées et de majorations.  

Cependant, le haut rendement énergétique des pompes à chaleur fait qu’elles peuvent avoir des coûts d’exploitation proches de ceux des chaudières à gaz.  

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), la plupart des solutions individuelles de chauffage renouvelable sont (presque) compétitives par rapport au gaz naturel en France.  

Le graphique ci-dessous montre que, même si le coût varie fortement d’une source à l’autre, les coûts de la chaleur livrée provenant de sources renouvelables commencent à être compétitifs par rapport aux chaudières à combustibles fossiles. Il est important de garder à l’esprit que les coûts des combustibles fossiles ne tiennent pas compte du coût pour l’environnement (externalité négative) et qu’ils augmenteront très probablement avec l’introduction et l’augmentation du prix du CO2. 

Les solutions renouvelables, comme les pompes à chaleur, deviennent compétitives par rapport au gaz.

MYTHE : Toute la consommation actuelle d’énergie doit être remplacée par des énergies renouvelables 

L’objectif n’est pas de remplacer le gaz naturel et les autres combustibles fossiles utilisés pour le chauffage en quantité équivalente.  

En fait, grâce à des technologies plus efficaces, comme les pompes à chaleur, pour une même quantité de chaleur fournie, moins d’énergie primaire sera nécessaire.  

En outre, une rénovation ambitieuse des bâtiments permettra de réduire largement la demande de chaleur, tout en offrant des cobénéfices en termes de confort, de sécurité et de santé. 

MYTHE : Le réseau ne pourra pas supporter l’électrification du chauffage 

Le passage aux énergies renouvelables supposera d’électrifier une partie de la demande de chauffage, en utilisant de l’énergie solaire ou éolienne par exemple. Des travaux sur les infrastructures seront donc nécessaires pour que le réseau électrique puisse supporter cette nouvelle demande.  

Il sera toutefois possible de réduire la pression sur le réseau grâce à une flexibilité accrue et à des mécanismes de modulation de la consommation (impliquant une plus grande numérisation, le stockage de la chaleur et de l’électricité et un système de tarification attractif).  

Les pompes à chaleur sont elles-mêmes une source de flexibilité pour le réseau électrique. Les besoins en chaleur seront fortement réduits grâce aux rénovations thermiques et la demande en électricité pour faire fonctionner les pompes à chaleur sera limitée du fait de leur fort rendement énergétique.  

Notons que différents scénarios européens intègrent une forte électrification du chauffage mais aussi du transport (véhicules électriques) et que les solutions technico-économiques existent. 

Enfin, des sources de chauffage renouvelable autres que l’électricité verte, telles que la chaleur fatale (des industries, du secteur tertiaire, des centres de données), la biomasse gérée de manière durable, ou encore l’énergie solaire thermique et géothermique, couvriront les besoins en chaleur restants. 

Conclusion 

Il est essentiel de vaincre ces mythes pour évoluer rapidement et en toute sécurité vers des systèmes de chauffage fonctionnant aux énergies renouvelables.  

Vous trouverez de plus amples informations sur l’action des villes à ce sujet dans le Plaidoyer pour des villes et quartiers sans énergies fossiles destiné aux responsables politiques locaux, nationaux et européens et leurs partenaires.  

Energy Cities y partage de bonnes pratiques et des recommandations pour décarboner les besoins en chaleur dans nos villes. 

Lire également notre article Gaz ou électricité : la grande compétition pour chauffer les bâtiments