Comment volera-t-on en 2050 ?

Pour pouvoir prendre l’avion sans polluer, il faudra ajuster le trafic aérien au rythme du déploiement des technologies durables telles que le kérosène synthétique. Voici les scénarios possibles.

Le transport aérien fait partie de notre modernité, il nous a fait rêver, grandir, nous ouvrir aux autres. Pour que ce rêve demeure vivant face aux menaces du changement climatique, il est primordial de sortir du manichéisme (pour ou contre l’avion) et de partager une analyse lucide de la situation. 

Comment agir aujourd’hui pour continuer à voler demain, dans un monde contraint ? Comment orienter le secteur aéronautique vers des trajectoires compatibles avec les enjeux climatiques et moins dépendantes des approvisionnements en énergies fossiles ? 

Telles sont les questions de départ d’un important travail réalisé par The Shift Project en collaboration avec des professionnels du secteur aérien et qui a débouché sur le rapport « Pouvoir voler en 2050 : Quelle aviation dans un monde contraint ? » 

Cette démarche est judicieuse car elle permet d’impliquer les principaux concernés, qui se sont engagés comme suit :  

“Nous, ingénieurs aéronautique, pilotes, contrôleurs aériens, employés de compagnies aériennes, usagers ou simples amoureux de l’aviation, las des discours clivants à son égard, signons ce rapport avec l’ambition de créer les conditions d’un débat apaisé sur sa capacité à réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre, dans des proportions compatibles avec un monde vivable en 2100. Nous, aérophiles climato-concernés, revendiquons pouvoir faire partie de la solution plutôt que du problème, en portant une parole transparente, désintéressée et scientifiquement étayée sur ce que peut faire – mais aussi ne peut faire – le secteur aérien pour se décarboner.” 

Budget carbone 

L’étude propose de définir un budget carbone et une trajectoire de réduction des gaz à effet de serre (GES) pour le transport aérien, national et international, tenant compte de la totalité de l’impact climatique du transport aérien. Ce budget représente la quantité totale de GES que le secteur peut émettre d’ici 2050 pour rester dans l’objectif de contenir le réchauffement climatique à 2°C d’ici 2100. 

Les auteurs ont établi deux scénarios, qui tiennent compte d’une arrivée plus ou moins rapide des technologies décarbonantes : Gains en efficacité énergétique et sur les opérations au sol et en vol, arrivée sur le marché de nouveaux avions pouvant voler avec des carburants durables (e-kérosène, …), cadence de renouvellement des flottes, priorité des carburants alternatifs pour l’aérien, … 

Il en ressort que, pour respecter le budget carbone pré-défini, le taux de croissance du trafic aérien devra être limité à +2,52% par an dans le scénario très optimiste ou à -0,8% par an dans le scénario raisonnablement optimiste. Soit moins qu’espéré par le secteur aérien (+4% par an). 

Dans les deux cas, cela nécessite de conjuguer deux leviers : le progrès des technologies décarbonantes et l’ajustement du trafic aérien au rythme de leurs déploiements. 

Voyons à présent si le potentiel d’énergies renouvelables en Europe permettrait de produire plus ou moins rapidement ces carburants alternatifs tels que le kérosène synthétique. 

Première usine commerciale de e-kérosène 

L’Allemagne a inauguré en octobre dernier la première usine commerciale au monde de kérosène synthétique (aussi appelé e-kérosène). L’installation utilisera de l’eau et de l’électricité éolienne pour produire de l’hydrogène vert. Celui-ci est ensuite combiné avec du dioxyde de carbone (CO2) pour produire du pétrole brut, qui peut ensuite être raffiné en carburéacteur. 

La combustion du kérosène synthétique ne libère dans l’atmosphère que la quantité de CO2 utilisée pour sa production, ce qui le rend « neutre en carbone ». 

Dans un premier temps, l’usine fournira la compagnie aérienne Lufthansa. 

C’est donc une piste prometteuse pour décarboner l’aviation. Un projet industriel est d’ailleurs en cours à l’aéroport de Liège.

C’est possible, si nous choisissons les bonnes priorités 

Une étude réalisée par Ricardo Energy & Environment montre que l’Europe dispose du potentiel d’électricité renouvelable pour décarboner le transport, à condition que les carburants synthétiques (tels que l’e-diesel, l’e-kerosène et l’e-ammoniac) soient orientés prioritairement vers les secteurs aérien et maritime, où il n’existe pas d’autres alternatives ; tandis que le transport routier (voitures, camions) doit être majoritairement électrifié (batteries). 

L’étude envisage 3 scénarios :  

  • Haute électrification 
  • Haut niveau d’hydrogène 
  • Haut niveau de carburants synthétiques 

Tous les scénarios montrent que l’Europe dispose largement du potentiel renouvelable pour couvrir la demande attendue en électricité pour le réseau et le transport.  

Le graphique ci-dessous illustre le scénario 3 (haut niveau de e-kérosène, …) : le potentiel renouvelable exploitable en 2050 couvre 3,7 fois la demande estimée d’électricité. 

L’association Transport & Environment (T&E), qui a commandé cette étude, commente : Notre étude montre que le secteur de l’aviation et du transport maritime à lui seul créerait un nouveau marché important pour l’hydrogène vert, aidant à faire évoluer la technologie et à ouvrir la voie à des transports maritimes et aériens à zéro émission.” 

T&E a également déclaré que l’UE devrait établir des normes de CO2 qui obligent les navires à fonctionner plus efficacement et à utiliser des technologies propres, notamment l’ammoniac et l’hydrogène. Il sera également nécessaire d’obliger les fournisseurs de carburant d’aviation à fournir des carburants à zéro émission aux compagnies aériennes (lire ce communiqué). 

En conclusions 

Pour voler sans polluer, le rapport de The Shift Project montre qu’il est nécessaire de limiter le taux de croissance du trafic aérien et de l’ajuster au déploiement des technologies décarbonantes. 

Tandis que l’étude de Ricardo Energy & Environment montre que l’Europe dispose du potentiel renouvelable pour produire l’électricité verte nécessaire à la production du e-kérosène. 

Par ailleurs, l’Europe prévoit d’introduire une taxe sur le kérosène fossile et devra inciter aux alternatives.

A termes, nous prendrons sans doute un peu moins souvent l’avion, mais il n’aura plus d’impact sur le climat. 

Et dans l’immédiat, pensez à voyager …en train, de jour comme de nuit (lire nos articles Les trains de nuit ou comment voyager proprement en Europe et Envie de découvrir l’Europe en train ? Suivez des conseils personnalisés ! ).