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Coronavirus : la Démocratie énergétique comme résilience ?

Face à la pandémie, nos sociétés retrouvent le sens de l’Etat et du bien commun, ainsi que les vertus d’une économie ancrée au niveau local. Or sur le terrain, la Démocratie énergétique et les Communautés d’énergies renouvelables expérimentent déjà un modèle de résilience, inscrit dans le droit européen. 

Nul ne sait, à ce jour, à quoi ressembleront nos sociétés - et notre état d’esprit personnel - lorsque la pandémie sera maîtrisée. Mais il est évident que le contexte a d’ores et déjà changé et que de nouvelles actions collectives sont possibles et souhaitables pour nous mener vers des sociétés plus stables et plus résilientes. 

Sans nier les difficultés présentes et à venir, nous voulons croire que cette crise est une opportunité d’agir, aux niveaux personnel et collectif, pour accélérer notre transition vers une société 100% renouvelables, durable et solidaire, dont voici un récit possible. 

 

Vers une démondialisation et un retour au local

 

La pandémie va profondément ébranler l’idéologie politique dominante : le capitalisme néo-libéral et mondialisé, qui exploite de manière illimitée les ressources finies de la planète au profit financier d’une minorité ultra-riche et avec les dégâts sociaux et environnementaux que l’on connaît. 

Ce modèle a atteint ses limites de domination absolue et se trouve aujourd’hui à la merci d’un choc systémique : une crise au départ locale – comme le coronavirus en Chine – peut désormais, par effets de cascade, contaminer le système économique mondial tout entier. 

Le statisticien Nassim Nicholas Taleb a décrit ce phénomène qu'il appelle « Le cygne noir » c-à-d un événement imprévisible qui a une faible probabilité de se dérouler mais qui, s’il se réalise, a des conséquences d'une portée considérable et exceptionnelle. Ce risque rare mais immense - à l’exemple d’un accident nucléaire - peut provoquer la chute brutale du modèle qui aura sous-évalué, voire nié, ce risque. Cette théorie, très utilisée dans les milieux financiers, semble aujourd’hui se réaliser. 

Impensable voici peu, le terme de « démondialisation » se retrouve aujourd’hui dans tous les débats publics (lire ou visionner par exemple cette émission de Ce Qui Fait Débat sur La Première). 

Le monde politique semble prendre conscience qu’une économie circulaire, locale et diversifiée, sera mieux à même d’empêcher qu’un choc au départ local prenne une dimension globale, mais aussi de résister à d’autres chocs systémiques, comme l’expliquent dans une carte blanche Philippe Lamberts (coprésident du Groupe des Verts/ALE au Parlement européen) et Olivier De Schutter (professeur ordinaire à l'UCLouvain).  

On pourrait donc assister dans les prochaines années à un large mouvement de démondialisation et voir émerger de nouveaux modèles économiques locaux sur base d’une « Prospérité sans croissance », pour paraphraser l’ouvrage de l’économiste Tim Jackson. 

Dans le domaine énergétique par exemple, les acteurs du photovoltaïque constatent aujourd’hui leur trop grande dépendance vis-à-vis de la Chine – principal fabricant de panneaux solaires – et plaident désormais pour la relance d’une industrie en Europe. Le développement des énergies renouvelables, ici comme ailleurs dans le monde, pourrait ainsi s’appuyer sur des composants et process industriels réalisés au sein d’éco-systèmes locaux, plus résilients et durablement créateurs de milliers d’emplois. 

 

Le retour du sens de l’Etat et du bien commun 

 
Les Etats mesurent aujourd’hui leurs forces et faiblesses pour faire face à la pandémie et retrouvent le sens de l’action au service du bien commun. Ils sont et seront amenés à prendre des mesures, non seulement pour soutenir les entreprises, mais aussi pour protéger les travailleurs et les citoyens. Impensable voici peu, l’Allemagne compte par exemple nationaliser certaines entreprises privées afin de reprendre une maîtrise publique sur les secteurs jugés vitaux ; tandis que l’idée d’une allocation universelle refait surface. 
 
Les Etats pourront désormais considérer que le sous-financement des services publics – notamment hospitaliers – constitue un risque vital pour la collectivité. Le politique pourrait dès lors ré-investir dans la sécurité sociale et les services publics, outil et acteur nécessaires et souhaitables pour une transition solidaire. 
 
Pour y arriver, les Etats pourraient se montrer pro-actifs et coopératifs pour contrer l’évasion fiscale et taxer les bénéfices des multinationales et la spéculation financière au nom d’une justice fiscale, afin de générer les recettes nécessaires aux futurs investissements publics. Quand il s’agit de reconstruire un pays et de répondre à un chômage massif, l’Autorité publique n’hésite plus à mettre le grand capital à contribution (lire à ce propos l’excellent ouvrage de l’économiste Thomas Piketty « Capital et idéologie », cet interview de L'Obs et cet article de Mediapart). 

Or ce retour du bien commun rejoint les enjeux climatiques. 
 
Pour de nombreux acteurs de la transition, le Pacte vert européen est la meilleure solution pour éviter d’autres crises systémiques. De nombreuses personnalités ont ainsi lancé un appel  aux ministres européens des Finances pour renforcer le Green Deal européen comme réponse économique à la pandémie du coronavirus. 

Tandis que le Pacte Finance-Climat nous montre que l’Europe peut se donner les moyens d’agir en ce sens (lire notre article Comment financer la transition énergétique). 

Voilà qui pourrait accélérer notre transition vers un continent Zéro carbone.

 
La Démocratie énergétique, un droit européen

 
Ces deux mouvements en cours – retour au local et au bien commun – sont d’ores et déjà expérimentés, partout dans le monde (lire notre article Quand les villes et communes (re)créent des services publics pour une transition énergétique solidaire). 

Nous les retrouvons également dans les 5 principes de la Démocratie énergétique, qui fait aujourd’hui référence auprès des acteurs de la transition : 

  1. Accès universel & justice sociale : Tout le monde a accès à une énergie suffisante et abordable. La réduction de la consommation va de pair avec l'élimination de la pauvreté énergétique.
     
  2. Energie renouvelable, durable & locale : Les ressources en combustibles fossiles doivent être laissées dans le sol. Nous voulons un mix énergétique final à 100% renouvelable. Un système d'énergie renouvelable local facilite la conversion d'énergie et crée des collectivités saines et prospères.
     
  3. Propriété publique & sociale : Répondre aux besoins des personnes tout en restant dans les limites planétaires nécessite que de nouvelles formes de propriété publique - par les municipalités, les collectifs de citoyens et les travailleurs - émergent pour servir l’intérêt public. Les moyens de production doivent être socialisés et démocratisés.
     
  4. Prix juste & emplois vertueux : Un programme de transition juste comprend la création d'emplois équitablement rémunérés dans le secteur des énergies renouvelables.
     
  5. Contrôle & participation démocratique : Afin de donner la priorité aux besoins des communautés, les citoyens et les travailleurs devraient participer à la politique énergétique. 

 

Cette Démocratie énergétique n’est pas – plus - une utopie : on en retrouve les fondements dans deux directives européennes qui instaurent les Communautés énergétiques citoyennes (extrait ci-dessous) et les Communautés d’énergies renouvelables. Ces principes doivent désormais être transposés dans le droit national (ou régional), y compris en Belgique.

Sur base de ce droit européen, des Communautés d’énergies renouvelables émergent aujourd’hui partout en Europe. Ces communautés peuvent pratiquer tout type d’activité énergétique.  

Au niveau local, l’autoconsommation collective permet par exemple à une école équipée en photovoltaïque de partager son électricité solaire avec les habitants du quartier, à moindre prix et au bénéfice des citoyens. 

Un autre exemple est un niveau national de communauté d’énergie citoyennes pratiquant des services de flexibilité chez les citoyens – sans avoir recours à l’usage de centrales au gaz – et gérant de manière collective de potentiels moments de pénuries de production (lire notre article Une facture d’électricité plus chère et plus polluante ? Réduisons plutôt la puissance !). 

Il s’agit d’une véritable révolution du paysage énergétique, dont Renouvelle relaie régulièrement les avancées concrètes (lire notamment Partager son électricité verte avec des voisins ? Des projets se préparent en Wallonie Picarde et Premiers projets pilotes d’autoconsommation collective à Bruxelles). 

Voilà pourquoi nous pensons que nos sociétés, suite à cette crise mondiale, trouveront des réponses concrètes et positives pour assurer leur résilience. 

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Actualité Internationale
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