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Pourquoi Elia sous-estime la production photovoltaïque en Belgique ?

Les données de production photovoltaïque sont systématiquement inférieures sur le site d’Elia par rapport à l’Observatoire photovoltaïque compilé par l’APERe. Alors ? Qui a raison ? Les deux, en réalité. Sauf que les points de vue sont différents.

L’aviez-vous remarqué ? Les statistiques de production photovoltaïque en Belgique sont systématiquement inférieures sur le suivi en ligne d’Elia par rapport à l’Observatoire photovoltaïque compilé par l’APERe.

Alors ? Qui a raison ? Elia, gestionnaire du réseau haute tension, ou l’APERe, qui assure ce suivi statistique pour le compte des Régions et de l’Agence internationale de l’énergie ?

Hé bien, les deux en réalité, sauf que les points de vue sont différents. Voici pourquoi.

Elia comptabilise uniquement les injections sur le réseau

D’un côté, nous avons Elia qui doit, à toute seconde de la journée, s’assurer de l’équilibre entre les prélèvements et les injections sur le réseau, avec comme indicateur la fréquence (50 Hz). Cet équilibre nécessite tellement de choses à mettre en œuvre qu’il est nécessaire d’avoir recours à des prévisions de consommation et de production - incluant la météo des énergies renouvelables. Elia a donc besoin de connaître, le plus précisément possible, tout ce qui se passe sur le réseau.

Mais, avec la décentralisation de l’énergie et la consommation locale, il y a toute une partie de la production, celle qui est autoconsommée sur place, que Elia ne voit pas car elle ne transite pas par son réseau.

Pour Elia, toute la production – par exemple photovoltaïque - qui est consommée en amont du compteur réseau n’existe pas et est vue, éventuellement, comme une « non-consommation ».

Dès lors, dans ses prévisions de production (illustration i-dessous), Elia ne compte pas sur cette énergie autoconsommée (et la puissance installée correspondante) comme intervenant sur son réseau, sur son marché.

En conséquence, Elia ne considère que les puissances qu’elle est susceptible de devoir gérer.

Pour résumer de manière simple : plus vous autoconsommez - en direct - votre production photovoltaïque, plus vous soulagez la tâche de Elia.

L’APERe comptabilise toute la production

De l’autre côté, nous avons l’APERe, qui assure un suivi statistique au sein de l’Agence Internationale de l’Energie pour le compte des 3 Régions. L’APERe a ainsi la responsabilité de collecter les données relatives à l’ensemble des systèmes photovoltaïques de Belgique. Que leur production soit totalement injectée sur le réseau ou autoconsommée.

Dès lors qu’elle est focalisée sur la production totale des capteurs, l’APERe compile le total de la puissance des capteurs installés en Belgique (graphique ci-dessous), afin de suivre l’évolution de nos capacités de production électrique vers un objectif d’électricité 100% renouvelable.

Une différence minime mais grandissante

La différence entre ces deux comptabilités est actuellement minime. En 2018, Elia a comptabilisé 4,3% de production photovoltaïque alors qu’elle représentait en réalité …5%.

Si - comme nous - cette différence vous fait sourire, il est intéressant d’observer que, plus on installe de panneaux solaires, plus cette différence augmente. Et le développement attendu de l’autoconsommation collective biaisera de plus en plus la comptabilité d’Elia (lire notre article La Wallonie avance sur l’autoconsommation collective).

A ce titre, une tendance semble émerger pour les nouveaux systèmes installés par les particuliers, à savoir l’installation d’une puissance de capteurs de plus en plus grande par rapport à celle de l’onduleur. Pour les techniciens, on dira qu’il y a un surdimensionnement en puissance continue des capteurs (DC) par rapport à la puissance alternative de l’onduleur (AC).

Cette technique permet d’augmenter la production sans augmenter la taille de l’onduleur ni… les taxes qui s’y rapportent, notamment en Flandre.

Cela démontre que, petit à petit, une vision plus globale et plus décentralisée des flux électriques du réseau devient nécessaire afin de mieux les gérer.

A ce niveau, les statistiques plus globales sont disponibles chez Synergrid, fédération belge qui rassemble Elia et les distributeurs d’électricité. Les chiffres de 2018 seront bientôt disponibles ici.

Le smartgrid permettra une vision commune plus précise

A ce stade, il faut noter que, s’il y a des données manquantes sur le pilotage fin de notre réseau et la pleine compréhension des flux qui y circulent, les gestionnaires de réseaux sont proactifs et développent autant de projets permettant de moderniser notre réseau. Comme preuve de ce dynamisme, le récent lancement du projet IO.Energy (Internet of Energy) présenté par Elia ce 21 février 2019.

De quoi garantir 100% de renouvelable dans notre réseau… plus vite que l’on ne pense !

Lire également notre article Une meilleure place pour les prosumers en Belgique ? Elia s’y engage !

Catégorie: 
Technologies
Filière: 
8

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