Vous êtes ici

L’éducation à l’énergie, un éveil citoyen

Monsieur Renouvelable de la coopérative Courant d’air.

Comment éveiller aujourd’hui les enfants et les ados aux enjeux climatiques et énergétiques ? Les associations spécialisées suscitent désormais la créativité, les expériences et les émotions positives. Voici quelques pièges à éviter et des exemples à suivre.

Une quinzaine d’associations belges se sont réunies le 14 juin à Namur lors du Printemps de l’éducation à l’énergie, organisé par Service Public de Wallonie.

Elles sont actives dans les écoles via divers projets de sensibilisation (dont le Défi Génération Zéro Watt). Elles souhaitaient partager leurs expériences et se questionner sur leur mission : Comment, aujourd’hui, sensibiliser et éduquer à l’énergie renouvelable dans les écoles ?

Un constat : l’école n’enseigne plus uniquement des matières, comme autrefois, mais désormais aussi des valeurs. Or, comment éveiller les enfants et les ados à devenir éco-citoyens ?

« Il ne s’agit pas d’inculquer un savoir mais de nourrir, de chercher ensemble, de questionner et d’éveiller », témoigne François Beckers (Réseau Idée). « Il ne s’agit pas d’imposer la vision de mon association mais d’interpeller le jeune et lui permettre d’évoluer. C’est un processus lent. Il s’agit de partir de là où se trouve l’enfant – sa vision du monde – et de diversifier les portes d’entrées pour comprendre les interactions entre citoyenneté et environnement : s’informer, imaginer, manipuler, ressentir, ... L’éco-citoyenneté, c’est une représentation subjective de systèmes multiples en mouvement. »

Plusieurs acteurs sur ce terrain pédagogique s’interrogent : Comment parler aux élèves des enjeux climatiques sans culpabiliser cette jeune génération ? « L’urgence climatique, c’est ce qui justifie notre action – nous, en tant qu’associations et société adulte. Mais est-ce la bonne porte d’entrée pour l’enfant ? », s’interroge ainsi Anne Bauwens (Sciences Infuses et Facilitatrice Education à l’énergie pour la Wallonie).

« Si nous insistons trop sur les conséquences du changement climatique », constatent plusieurs participants, « les élèves adolescents se referment car ils ressentent une menace. Il devient alors difficile de les sensibiliser. » (lire notre interview de Vincent Wattelet, psychologue systémicien au sein du Réseau Transition: Energie-Climat : « Sensibiliser, ce n’est pas informer »).

« Il ne faut pas faire peser sur l’enfant le poids de devoir interpeller la direction de l’école », estime par ailleurs François Beckers. « Si les élèves écrivent à la direction pour susciter une économie d’énergie mais que la direction, qui doit faire face à la complexité, ne bouge pas, quelle image de l’école renvoyons-nous à l’enfant ? De même, si l’enfant est amené à interpeller ses parents mais que ceux-ci ne peuvent pas agir, quelle image renvoyons-nous des parents auprès de l’enfant ? »

Les acteurs pédagogiques s’accordent dès lors sur d’autres portes d’entrées : susciter le rêve, la créativité et le "Waouh!", expérimenter, découvrir, travailler les émotions positives, susciter le débat et l’esprit critique, …

Vivre dans la nature

« Chez nous, tout démarre par un conte », lance en riant Pierre Rasse de l’Académie Vent d’Houyet, qui accueille de nombreux stages et classes vertes. Les enfants suivent ainsi l’épopée de Ulysse, qui découvre une île où un peuple bienveillant lui offre « un sac de tous les vents ». Lorsqu’un marin l’ouvre, tous les vents se déchaînent et souffle le bateau d’Ulysse vers le grand large. Les éoliennes que nous voyons sur terre restent ici en souvenir d’Ulysse. Imprégnés par ce conte, les élèves découvrent alors les sources d’énergie renouvelables, en vivant quelques jours dans la nature. Ils s’émerveilleront notamment devant « l’éolienne des enfants », la première éolienne citoyenne de Wallonie installée à Houyet.

Des citoyens en action

C’est le même enthousiasme qui accueille les élèves des écoles des environs de Waimes. Venus à vélo, ils découvrent la force du vent au pied d’une éolienne citoyenne.

« Les enjeux climatiques représentent seulement une toute petite partie de nos animations », explique Mario Heukemes, de la coopérative Courant d’air. « Nous proposons un jeu de piste. Les enfants passent par des stations pédagogiques, par petits groupes, pour pouvoir répondre à un questionnaire. Ils mènent par exemple une expérience sur la dilatation de l’eau, qui les amène à comprendre pourquoi le niveau des mers et des océans monte actuellement et quels pays sont impactés. Mais ils découvrent aussi que des citoyens ont investi dans une éolienne pour produire une électricité propre. Nous donnons également des informations objectives sur les impacts des éoliennes : paysages, avifaune, … Les enfants s’expriment sur les impacts qu’ils perçoivent à Waimes. »

Les 22 coopératives citoyennes belges, recensées sur le portail Coopératives à la carte, sont ainsi de formidables relais pour les actions pédagogiques.

Loin des discours fatalistes, les enfants peuvent ainsi découvrir l’énergie des citoyens qui agissent pour une transition durable et motivante.

Des panneaux solaires dans mon école

Le projet Génération soleil est un autre exemple de réussite pédagogique. Le Groupe d’Action Locale Pays de l’ourthe, actif sur 7 communes, a mené une expérience pilote dans les écoles communales primaires de Bomal et Mabompré.

Soutenu par les communes, ce projet consistait à équiper ces écoles de panneaux photovoltaïques et de mener, en parallèle, une sensibilisation des élèves aux énergies renouvelables.

Aurélie Hick, porteuse du projet, a notamment formé les enseignants à maîtriser les contenus et outils pédagogiques en vue de les intégrer dans les cours.

« Les enfants pouvaient ainsi devenir de petits installateurs photovoltaïques », résume Aurélie Hick.

Au cours de géométrie, les élèves ont pu construire une maquette de l’école, expérimenter la rotation du soleil et trouver sur quels toits devraient être installés les panneaux photovoltaïques pour obtenir la meilleure production d’électricité.

Au cours de mathématique, ils ont pu calculer – avec un wattmètre – la consommation électrique des néons de l’école puis calculer la production estimée de l’installation photovoltaïque.

Au cours de français, ils ont pu analyser le mode d’emploi des cellules photovoltaïques.

Un projet porteur de sens pour les élèves qui voient ainsi leur école agir pour le climat.

Des exemples à suivre

Ces projets pédagogiques sont autant de pistes à suivre pour mener des actions pédagogiques positives et enthousiasmantes.

De nombreuses autres associations s’y attellent chaque jour, pour éveiller nos jeunes citoyens sur les chemins de la transition énergétique.

 

Catégorie: 
Débats
Filière: 
1