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Compteurs Linky : un choix intelligent pour qui ?

Dès 2019, les compteurs communicants Linky équiperont les ménages wallons. Une décision prise et mûrie de longue date par le gestionnaire de distribution ORES, qui couvre 75% des communes wallonnes.  Une petite révolution. Au bénéfice de qui ?

Ces nouveaux compteurs dits « intelligents » remplaceront progressivement les anciens compteurs (pas loin de 1.400.000 pour le réseau ORES) et en priorité les compteurs à budgets (46.000 actuellement), jugés dépassés et couteux par le GRD.

La réflexion avait été lancée dès 2010 via différents projets pilotes, suivis d’une étude de marché approfondie sur les systèmes existants. Le choix final en faveur du système Linky - développé par Enedis (ex-ERDF, filiale d’EDF) - se fonde sur l’expérience française et les divers avantages constatés.

Le marché français, proche et très semblable au nôtre, compte déjà 3 millions de compteurs Linky et devrait, à terme, en comptabiliser 35 millions.

De quoi offrir aux opérateurs wallons un test grandeur nature et en temps réel de la fiabilité du système. Celui-ci ayant par ailleurs été reconnu, en 2015, comme standard par Synergrid, fédération belge des GRD.

Parmi les avantages constatés en France : l’utilisation des câbles du réseau électrique pour le transport des signaux via la nouvelle technologie G3-PLC. Ce qui permet d’éviter la mise en place coûteuse et hasardeuse d’un système de communication parallèle. L’interopérabilité du système est aussi un point fort de Linky. Il permet de ne pas se rendre captif d’un seul opérateur industriel.


 

Un choix pertinent…

Le choix du système Linky pour équiper l’essentiel du marché wallon apparaît donc a priori plutôt pertinent. Même si d’autres choix technologiques sont opérés ailleurs : La Flandre a préféré s’aligner sur la formule néerlandaise DSMR (Dutch Smart Metering Requirements), la Région bruxelloise se démarquera peut-être aussi (on attend encore la décision définitive) de même que d’autres GRD wallons comme Resa.

Une fois de plus, le souhait de faire converger les réflexions technologiques au niveau belge se sera heurté aux spécificités régionales.

Quoi qu’il en soit, le passage aux compteurs intelligents (voulu par deux directives européennes – 2006/32/CE et 2009/72/CE), continue à susciter de nombreuses questions. Certaines sont de nature éthique et méritent un débat en soi, comme la menace sur la vie privée et la sécurité domestique – les données communiquées révèlent les habitudes des habitants et pourraient être exploitées commercialement - ou le risque pour la santé en raison d’un « smog électromagnétique ».

D’autres questions sont plus techniques, comme d’éventuels risques d’incendie (quelques dizaines de cas constatés à ce jour, tous types de compteurs confondus) ou de possibles erreurs de comptage. Ces interrogations sont confrontées aux constats de terrain : en France, sur 3 millions de compteurs Linky déjà installés, le taux de pannes déclaré par le gestionnaire de réseau Enedis serait de l’ordre de 0,02%.

Une question s’avère néanmoins plus fondamentale. Elle concerne la pertinence même de cette évolution vers une généralisation des compteurs « communicants » ou « intelligents ».

…mais pas forcément « intelligent »

Les avantages d’une généralisation des compteurs communicants à l’ensemble d’un réseau apparaît évident pour le GRD : relève à distance (pas de déplacement chez les clients), traitement amélioré des alarmes, monitoring et gestion affinées du réseau basse tension (lutte plus efficace contre la fraude et les « pertes en ligne »), tarification mieux ciblée et modulable à distance, etc.

Par contre, on est en droit de s’interroger sur l’avantage pour les consommateurs.

D’une manière ou d’une autre, la charge financière - plusieurs centaines de millions d’euros pour la Wallonie - sera assumée par le consommateur via une intégration dans la facture de distribution.

Or, rien ne dit que cette dépense supplémentaire sera compensée par des économies au moins équivalentes via une grille tarifaire permettant de cibler les tarifs les plus avantageux.

Encore faudrait-il que les propositions tarifaires soient clairement lisibles et comparables entre elles, comme ce qui se passe en matière de téléphonie, par exemple. D’autant plus que, à en croire différentes études, la grande majorité des consommateurs n’est guère désireuse de s’astreindre à une surveillance constante de ses consommations.

C’est précisément le raisonnement économique qui a conduit le ministère allemand de l’Economie et de l’Energie à s’opposer à l’installation obligatoire de compteurs communicants dans les foyers consommant moins de 6.000 kWh par an. Ce qui, vu la moyenne de consommation électrique annuelle des foyers allemands - évaluée à 3.500 kWh -, revient à mettre un frein définitif à la généralisation systématique de ce type d’outil en Allemagne.

En France, 300 communes auraient suivi le même raisonnement en décidant de ne pas accepter le déploiement systématique de compteurs Linky sur leur territoire. Toujours selon Enedis, le taux  de refus serait de 1,6% début 2017.

Bref, à en croire ces oppositions, le compteur communicant ne sera vraiment « rentable » et pertinent que s’il est bien utilisé et rend finalement le consommateur plus…. « intelligent » en matière énergétique.

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Débats
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