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La fin du changement d’heure, pour mieux vivre l’énergie du soleil

L’Europe va abandonner le principe du changement d’heure saisonnier (été/hiver). La performance énergétique des bâtiments et les nouvelles technologies s’avèrent aujourd’hui beaucoup plus efficaces pour économiser l’énergie. La production photovoltaïque ne sera pas affectée.

Faut-il maintenir ou non le changement d’heure saisonnier (été/hiver) ? Cette question, posée via une consultation publique européenne, a suscité un taux de participation inédit : 4,6 millions de citoyens y ont répondu, et ils ont massivement dit non ! (84% des répondants).

Poussée par ces résultats, la Commission européenne a aussitôt annoncé l’abandon du principe de changement d’heure bi-annuel. Sans pour autant proposer d’harmonisation commune.

Chaque État membre est donc désormais libre de choisir une seule heure locale qui s’appliquera de manière permanente. Mais quelle heure choisir – été ou hiver ? Chaque pays cogite déjà. En Belgique, le 1er ministre a annoncé qu’une consultation publique aurait lieu.

Se pose ensuite la question d’harmoniser les pendules entre pays voisins. Des concertations ont déjà lieu. La Belgique, les Pays-Bas et le Grand-Duché du Luxembourg affichent une volonté d’aboutir à une même heure commune. Des discussions sont également prévues pour y intégrer la France, l’Allemagne et l’Italie.

Le dernier passage obligatoire à l’heure d’été aura lieu le dimanche 31 mars 2019. Les États membres qui adopteront l’heure d’hiver de manière permanente appliqueront un dernier changement d’heure saisonnier le dimanche 27 octobre 2019.

A noter que l’heure d’hiver est la plus proche de l’heure solaire.

La fin d’une époque où le pétrole dictait sa loi

Déjà expérimenté en Allemagne et en France aux cours des 2 guerres mondiales (pour économiser l’électricité), le principe du changement d’heure saisonnier revient dans le débat publique suite au premier choc pétrolier (1973).

La France instaure cette mesure en 1977. Objectif : économiser l’électricité en matière d’éclairage en soirée (il fait clair plus longtemps à l’heure d’été). Elle sera bientôt suivie par la majorité des pays européens, qui y voient un moyen de limiter leurs importations de pétrole – une ressource largement utilisée pour la production d’électricité.

Cette mesure ne s’appuyait sur aucune base scientifique. Mais dans un monde où le pétrole dictait sa loi, la flambée des prix du baril ou les ruptures d’approvisionnement plaçait le politique dans un état de dépendance anxiogène.

C’est ainsi que plusieurs générations de citoyens européens ont pris l’habitude de retarder leur montre d’une heure fin octobre et de l’avancer d’une heure fin mars.

Et pourtant…

Une mesure controversée

40 ans plus tard, cette mesure reste controversée. Les économies d’énergie sont-elles réelles ? Quels sont les impacts de ce changement horaire sur la santé ?

Régulièrement interpellé par des citoyens et des associations professionnelles, le Parlement européen a demandé un rapport à son service de recherche. Celui-ci a compilé les études scientifiques et les retours d’expérience sur le sujet et publié en 2017 une évaluation de l'impact du changement d'heure en Europe.

Si les études consultées divergent largement dans leurs conclusions, il en ressort malgré tout quelques enseignements intéressants :

-les économies d’énergie sont marginales : entre 0,5% et 2,5% de la consommation totale d’énergie, selon le contexte géographique, économique et culturel du pays. Les économies sont un peu plus significatives au Sud de l’Europe. Au Nord, les économies en éclairage le soir peuvent par exemple être annulées par une plus grande consommation en chauffage le matin.

-l’impact sur la santé est nettement plus sensible : on pensait jusqu’ici que ces changements horaires n’avaient qu’un impact à court terme sur le biorythme (une semaine pour s’y adapter) mais les études récentes montrent que ces perturbations du sommeil peuvent perdurer plusieurs semaines et qu’une partie de la population ne s’y adapte jamais. Les effets peuvent être conséquents : risque accru d’accidents du travail et de la route, risque cardiaque, dépression, … La Russie a décidé d’abandonner cette mesure en 2011, établissant un lien avec un taux plus élevé de suicides.

Bref, le bilan est maigre et peu défendable politiquement.

Des mesures énergétiques plus efficaces

Il faut dire que le monde de l’énergie a profondément évolué depuis les chocs pétroliers des années 70’. Le mix-énergétique s’est diversifié. Notre dépendance au pétrole diminue, avec la croissance des énergies renouvelables.

Les politiques ont pris conscience qu’une meilleure isolation des bâtiments engendre des économies d’énergie beaucoup plus importantes. De même, le déploiement de nouvelles technologies – telles que les lampes LED – permettent d’éclairer mieux avec 10 x moins d’électricité qu’une vieille ampoule fluo-compacte.

Enfin, notons que la production photovoltaïque européenne ne sera pas affectée par l’abandon du changement d’heure saisonnier.

Qu’un pays adopte définitivement l’heure d’hiver ou d’été, la production d’électricité solaire sera simplement décalée : elle commencera et s’achèvera une heure plus tard ou plus tôt. Et elle atteindra toujours son maximum autour de midi solaire.

Au finale, les Européens vivront sans doute mieux, au rythme du soleil.

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Actualité Internationale
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