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Des plans de relance, sous conditions environnementales ?

Selon l’OCDE et l’AIE, les plans de relance post‑COVID‑19 doivent en finir avec les énergies fossiles. D’autant plus que les investissements renouvelables sont plus attractifs, rappellent l’IRENA. 

Suite à la crise du COVID-19, les gouvernements du monde entier planchent sur des plans massifs de relance économique. Et le risque est grand de les voir soutenir, sans conditions, des activités fossiles nocives pour les citoyens et le climat. 

Tel fut le cas lors la crise financière de 2008, qui fut suivie par un soutien aux énergies fossiles et par une forte hausse de la pollution et des émissions de CO2. 

Il s’agit donc d’éviter de répéter aujourd’hui la même erreur. De nombreux acteurs en sont conscients. Parmi eux, deux institutions internationales de poids : L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). 

Dans une étude commune, les deux institutions constatent que le soutien public aux énergies fossiles a légèrement diminué en 2019, en raison d’une baisse du prix du pétrole, mais que le soutien à la production d’énergies fossiles a par contre grimpé de 38% dans 44 pays (lire ce communiqué). 

« C’est avec tristesse que je constate un relâchement des efforts visant à éliminer progressivement le soutien aux énergies fossiles. Cette hausse des subventions à la production semble devoir se poursuive en 2020, certains pays prévoyant d’aider ce secteur et les activités connexes », a déclaré Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE. « Utiliser l’argent public pour subventionner les énergies fossiles est inefficace et ces aides aggravent les émissions de gaz à effet de serre et la pollution de l’air. Si notre tout premier souci aujourd’hui doit être d’aider les économies et les sociétés à traverser la crise du COVID‑19, nous devons saisir cette occasion pour réformer les subventions et employer les fonds publics de la façon qui bénéficiera le plus aux gens et à la planète. »

 

« Des subventions inefficaces et socialement injustes » 

 

Ces subventions s’avèrent inefficaces et socialement injustes, soulignent les deux institutions. Elles encouragent une surconsommation d’énergie et tendent à favoriser les ménages aisés qui consomment plus d’énergie, au détriment des ménages à bas revenus. 

« Les subventions aux énergies fossiles sont un obstacle sur la voie d’un redressement durable après la crise du COVID‑19 », a pour sa part déclaré Fatih Birol, Directeur exécutif de l’AIE. « Le faible niveau de prix des énergies fossiles aujourd’hui offre aux pays une occasion en or d’éliminer progressivement les subventions à la consommation. Á l’heure où les pouvoirs publics cherchent à doper l’emploi et à préparer un avenir meilleur et plus résilient, il est essentiel d’éviter les distorsions du marché qui favorisent les technologies polluantes et inefficaces. » 

En effet, la nouvelle chute des cours du pétrole en 2020 offre une chance historique de sevrer les économies de ce soutien et de ré-orinter les investissements vers une économie durable et résiliente. 

Ainsi, selon l’OCDE et l’AIE, «  les gouvernements devraient profiter du niveau exceptionnellement bas des prix du pétrole pour réorienter une partie des 500 milliards $ de subsides aux énergies fossiles, vers des investissements durables, y compris dans les énergies bas carbone ». 

Les énergies fossiles reçoivent chaque année 500 milliards $ de soutien public. Une manne qui pourrait servir à la transition énergétique. 

 

 

500 milliards $ à ré-orienter vers une économie résiliente 

 

L’argent dépensé pour soutenir le charbon, le pétrole et le gaz pourrait être à la place investi dans les infrastructures, la recherche et la formation professionnelle nécessaires aux énergies renouvelables. Á l’ère du COVID‑19, ces subventions absorbent des ressources qui pourraient aller renforcer la préparation et la résilience des systèmes de santé, par exemple, plaident les deux institutions. 

Pour les Etats, l’effondrement des prix des énergies fossiles et de leur consommation catalysé par le COVID‑19 se traduira par une chute des recettes fiscales tirées de la production de pétrole et de gaz. Une réforme des subventions s’avère dès lors essentielle pour atténuer la contrainte exercée sur les finances publiques dans les pays producteurs. 

De ce point de vue, le politique pourrait précisément en tirer parti pour accélérer la transition énergétique (lire notre article La chute du prix des énergies fossiles : menace ou opportunité pour une relance « verte » de l’économie ?). 

Dans un autre rapport publié parallèlement, l’OCDE s’interroge sur la manière de mettre les mesures de relance au service d’investissements et de changements sociaux à même de réduire la probabilité de chocs futurs et de renforcer la résilience et la durabilité environnementale des sociétés. 

 

Les énergies renouvelables, plus attractives que les fossiles 

 

Dans ce contexte historique, l’Agence Internationale pour les Energies Renouvelables (IRENA) plaide également pour une relance économique durable et publie un nouveau rapport qui démontre le coût de plus en plus compétitif des énergies renouvelables par rapport à toute autre source de nouvelle électricité à base de combustibles fossiles (lire ce communiqué).

Selon ce rapport, il est, en moyenne, moins cher de mettre en service de nouvelles installations d'énergie solaire photovoltaïque et éolienne que de maintenir de nombreuses centrales au charbon en exploitation. Les résultats des enchères montrent que cette tendance s'accélère et viennent confirmer le besoin de mettre définitivement fin à la filière charbon.  

Le rapport montre ainsi qu'en 2020, il pourrait être plus coûteux d'exploiter 1 200 gigawatts (GW) de capacité existante dans des centrales à charbon que de mettre en service de nouvelles installations solaires photovoltaïques à l'échelle industrielle. 

Le remplacement des 500 GW les moins chers de la filière charbon par du solaire photovoltaïque et de l'éolien terrestre pourrait réduire en 2020 les coûts du système électrique de 23 milliards de dollars par an, et les émissions annuelles de dioxyde de carbone d'environ 1,8 Gt, soit l'équivalent de 5 % du total des rejets mondiaux de CO2 en 2019. Cela représenterait également un stimulus de 940 milliards $.

« Nous avons atteint un tournant important dans la transition énergétique. Tant sur le plan environnemental qu'économique, les arguments en faveur de l'installation de nouvelles centrales à charbon ou du maintien de celles qui existent sont injustifiables », a déclaré Francesco La Camera, directeur général de l'IRENA. « De plus en plus, les énergies renouvelables sont la source de nouvelle électricité la moins chère. Leur potentiel pour stimuler l'économie mondiale et créer des emplois est considérable. Les investissements dans les énergies renouvelables sont stables, rentables et attractifs ; ils offrent des rendements constants et prévisibles, et l'économie tout entière profite de leurs bénéfices. » 

 

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