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Première centrale photovoltaïque flottante en Belgique

L’entreprise wallonne Hesbaye Frost a équipé son bassin industriel de 3.120 panneaux flottants, pour une puissance de 1 MWc. André Leclercq, responsable du projet, nous donne son retour d’expérience.

L’entreprise de légumes surgelés Hesbaye Frost, à Geer en province de Liège, était déjà innovante quand elle s’est associée, avec 5 autres entreprises et 32 agriculteurs, pour créer à proximité la coopérative Biogaz du Haut-Geer. Depuis 2012, elle fournit la coopérative en déchets agricoles et alimente en retour son unité de cogénération avec le biogaz produit, couvrant ainsi 27,5% de ses besoins en électricité (pour en savoir plus, vous pouvez consulter cette brochure de ValBiom).

En 2017, HesbayeFrost innove à nouveau avec la mise en service de la première centrale photovoltaïque flottante en Belgique.

Le bassin de 2,6 ha, servant aux besoins en eau de l’usine et des plantations, est désormais équipé de 3.120 panneaux photovoltaïques, orientés Sud, pour une puissance de 1 MWc. Le rendement espéré s’élève à 980.000 kWh/an, soit 2,5% de la consommation annuelle d’électricité de l’entreprise.

Ce type de réalisation présente un réel avantage : Sur l’eau, les panneaux photovoltaïques s’échauffent moins et offrent un rendement de 15 à 20% plus élevé.

© Jean-Benoît Sepulchre - Conversol

Ce projet pionnier en Belgique mérite donc d’être suivi par d’autres. André Leclercq (photo ci-dessous), Responsable Investissements et Energie à Hesbaye Frost, nous explique sa démarche et conseille les éventuels porteurs de projets similaires.

Christophe Haveaux (Renouvelle) : Pourquoi avoir choisi un projet de photovoltaïque flottant plutôt qu’une centrale photovoltaïque au sol ou en toiture ?

André Leclercq (Hesbaye Frost) :

La majorité de nos toits couvrent des bâtiments de type congélateur. Pour ceux-ci, l’enveloppe externe joue le rôle de pare-vapeur qu’il est délicat de percer au risque de voir de l’air humide s’engouffrer dans notre isolant et le détériorer. L’alternative à la fixation mécanique est le lestage des panneaux, mais la structure existante n’avait pas été dimensionnées pour cette surcharge. Enfin, nos revêtements d’étanchéité affichent déjà quelques années au compteur et pourraient être amenés à devoir être remplacés avant la fin de durée de vie des panneaux. Quant au sol, nous sommes dans une Zone d’Activités Economiques (ZAE) où chaque mètre carré est précieux alors qu’en parallèle notre développement est continu : difficile dès lors de condamner des surfaces qui pourraient nous manquer par la suite.

Quels sont les avantages du photovoltaïque flottant dans votre cas ? Le meilleur rendement des panneaux, rafraîchis par l’eau ? 

Les seuls avantages perçus à l’origine étaient la valorisation d’une surface perdue et l’originalité de la démarche. Le rafraichissement inhérent à la présence de l’eau n’était pas le leitmotiv principal tout en étant bienvenu.

Vous êtes-vous inspiré d’autres projet de photovoltaïque flottant en Europe ou dans le monde ?

Oui, nous avons pris connaissance de l’existence de tels projets plutôt que de nous lancer tête baissée. Notre installateur nous a présenté son fournisseur Ciel et Terre comme une référence en la matière de caissons flotteurs pour panneaux photovoltaïques.

En tant que pionnier en Belgique, avez-vous rencontré des difficultés techniques ou administratives ?

Il fallait réagir vite pour bloquer le taux de certificats verts qui pouvait nous être alloué. Ensuite, il y avait un flou juridique sur le besoin d’obtenir un permis d’urbanisme, lequel est requis sur sol, mais pas sur toit. Par sécurité, nous avons interprété la notion de sol comme extensible aux eaux de surfaces et bassins. Enfin les contrats à établir en mode tiers-investisseur nous ont pris autant de temps à élaborer que si nous avions fait les démarches techniques de l’installateur.

Comment s’est déroulé la mise en œuvre, comme l’assemblage des panneaux par exemple ?  

Le pré-montage a été effectué sur les berges du bassin. Les panneaux posés sur leur flotteur respectif ont été regroupés pour une mise à l’eau par blocs qu’il fallait ensuite assembler entre eux sur l’eau. Le canotage fut plaisant cet été.

© André Leclerq - Hesbaye Frost

Pré-montage sur les berges du bassin.

© André Leclerq - Hesbaye Frost

Mise à l’eau par blocs.

La centrale photovoltaïque couvre 2,5% de la consommation d’électricité de Hesbaye Frost. Ce n’est pas beaucoup, comparé aux 27,5% couverts par la biométhanisation. N’y avait-il pas moyen d’augmenter la part de biométhanisation ? Ou installer une cogénération ? L’investissement solaire était-il le plus intéressant ?

Les deux ne sont pas concurrents. Nous cherchons à développer toutes les sources d’énergies renouvelables qui sont à notre portée. Si on peut encore doper la biométhanisation, nous le ferons.

Comment envisagez-vous l’entretien des panneaux, en cas de déjections d’oiseaux par exemple ? 

Le contrat en tiers-investisseur garantit des performances. C’est donc à l’installateur d’effectuer les entretiens en conséquence. Nous avons cependant tenté l’expérience de diffuser le cri d’un rapace pour faire fuir les pigeons : sans succès, l’effet de surprise passé, ils s’accomodent très vite pour ne finalement plus craindre le rapace factice.

Connaissez-vous le potentiel de photovoltaïque flottant en Belgique ? Sur quels types de sites peut-on l’envisager : bassins d’orage, carrières, … ?

Non, mais je ne serai pas heureux de voir ce type de projets se développer sur tous les lacs de Wallonie : il faut d’abord valoriser les sols non exploités, me semble-t-il.

Dans notre cas, il s’agit d’un bassin industriel, même rempli d’eau épurée, cela n’a pas le même impact sur l’environnement et, particulièrement, les paysages. D’autant que chez nous, le bassin est surélevé et les panneaux ne sont pas visibles de l’extérieur de l’entreprise. Par ailleurs, je sais aussi que les eaux de carrière souffrent souvent d’ombres conséquentes ce qui est rédhibitoire pour un tel projet.

En Wallonie, le potentiel du photovoltaïque flottant se situe notamment sur les bassins d’orage (exemple ci-dessus).

Pourquoi avoir choisi le tiers-investissement ?

Afin de ne pas encombrer nos lignes de crédit qui pouvaient dès lors être utilisées à des fins plus utiles pour notre activité. L’entreprise PerPetum et le fonds de pension Intégrale se sont associés pour financer et réaliser le projet.

Quels conseils donneriez-vous à un porteur de projet qui souhaiterait développer une centrale photovoltaïque flottante en Belgique ?

Il faut bien appréhender la puissance que l’on veut installer en fonction de ses propres besoins et du quota de certificats verts que l’on peut obtenir (réserver les certificats verts le plus tôt possible est primordial). De surcroît, si tout n’est pas autoconsommé, il faudra prévoir une possibilité de réinjection sur le réseau et donc conclure un contrat de rachat avec un fournisseur d’énergie. Dans tous les cas, il faudra rencontrer son GRD pour étudier la modification du contrat de raccordement - mais ça, c’est d’application pour toute autoproduction.

Il faut également déterminer où l’installation pourra se connecter électriquement dans votre réseau interne ; faire attention aux ombres portées des bâtiments, de la végétation ou du relief ; veiller à disposer d’une aire de chantier disponible de quelques ares à proximité du bassin et accessible pour des camions lors de la livraison du matériel.

En outre, le site doit être sécurisé (à tout le moins clôturé) pour limiter le risque de vol. Lors de l’assemblage, il faut imposer le harnais de sécurité dans les parties de berges trop proches du bassin et disposer de bouées et barques à proximité. Enfin, si le niveau d’eau peut varier, il faut donner du mou aux câbles reliant les panneaux aux onduleurs et s’assurer, le cas échéant, que l’ensemble peut se poser dans le fond du bassin sans dommage.

Exemples dans le monde

Signalons que le gouvernement fédéral belge envisage d'installer des centrales photovoltaïques flottantes en mer du Nord, au pied des éoliennes (lire cette dépêche Belga).

De nombreuses réalisations existent déjà dans le monde, par exemples en Grande-Bretagne, au Japon ou encore en Chine (photo ci-dessous).

© Anhui Energy Administration

Fin 2017, la Chine a mis en service sur un lac la plus grande centrale photovoltaïque flottante au monde (40 MW).

Catégorie: 
Actualité Belgique
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